Révolution monétaire au pays des banques

« Il est une chance que les gens de la Nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire parce que, si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin ». (Henry Ford)

Près de 8 ans après le début de la crise financière (qui est loin d’être terminée), les gens de notre pays (entre autres) comprennent de mieux en mieux le système bancaire et monétaire, et si nos voisins suisses ne font pas de révolution avant demain matin, c’est parce qu’ils ont l’habitude de prendre tout leur temps !

Néanmoins, c’est bien une révolution qui se prépare de l’autre côté du Jura : les signatures pour l’initiative « monnaie pleine » ont été validées au mois de décembre 2015 et même si la votation n’aura pas lieu avant deux ou trois ans, la presse française (La Tribune, Le Monde) s’en fait déjà l’écho.

L’enjeu ? Il s'agit d'interdire la création monétaire aux banques privées pour en faire le monopole de la banque centrale, la Banque Nationale Suisse.

« Donnez moi le contrôle sur la monnaie d'une nation, et je n'aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. » (Mayer Amshel Rothschild)

Derrière cette mesure qui peut paraître “technique”, c'est en réalité un enjeu démocratique majeur qui se profile : le choix entre différentes politiques économiques (et sociales) n'est possible que si l’État est souverain dans le domaine monétaire. Le droit de frapper monnaie est un droit régalien. Quand la monnaie est privatisée comme elle l'est actuellement, ce sont les financiers qui imposent aux élus une politique qui leur est favorable et ceux-ci n'ont plus d'autre choix que de se soumettre à leurs diktats ! (T.I.N.A., “there is no alternative”) donc il n'y a plus de démocratie, c'est pourquoi Article 3 suit cette initiative suisse avec attention.

« Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu'une armée debout. » (Thomas Jefferson)

Les Suisses pourraient donc reprendre le contrôle de la création monétaire et mettre leur monnaie à l'abri des crises financières causées par une spéculation effrénée. Cette solution, appelée “100 % money”, a été préconisée dès la Grande Dépression des années 1930 par l'économiste américain Irving Fischer et reprise par le français Maurice Allais (prix Nobel d'économie). Elle compte même des partisans dans les rangs du FMI (Fonds Monétaire International). Ce n'est donc pas un sujet qui tombe dans le clivage gauche / droite, mais une question d’intérêt général opposé à celui d'une infime minorité de banquiers qui imposent leur loi par le moyen de dettes illégitimes et d'intérêts indus, réduisant les populations à une nouvelle forme d’esclavage.

“Le procédé par lequel les banques créent de l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté.” (John Kenneth Galbraith)

En effet, qu’elles fassent crédit à des particuliers, des entreprises, des collectivités ou à l’Etat lui-même, les banques « fabriquent » de la monnaie à partir de rien (« ex-nihilo »), par un simple jeu d’écriture, comme l’expliquait Bernard Maris. Cette opération génère d’énormes bénéfices (les intérêts perçus sur la dette publique française sont de l’ordre de 50 milliards d’euros par an soit 130 millions par jour !) sans compter les intérêts sur les dettes privées. De l’argent qui pourrait être une ressource pour l’Etat permettant d’alléger les impôts ou d’améliorer les services publics, mais qui est capté par les actionnaires des banques… lesquelles sont secourues avec l’argent du contribuable dès lors que des prises de risques inconsidérés les ont menées au bord de la faillite ! Mais les Etats sont pris en otage : l’effondrement de certaines banques « systémiques » mettrait en danger l’argent des déposants et menacerait tout le système économique. Voilà l’autre avantage de l’initiative « monnaie pleine » : les dépôts seraient gérés « hors bilan » et garantis par la banque centrale. Ainsi, les risques spéculatifs seraient entièrement assumés par les actionnaires des banques privées au lieu d’être transférés à la société toute entière.

« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n'hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents » (Maurice Allais).

On le voit, les enjeux de cette initiative débordent largement le cadre de la Suisse. En France, André-Jacques Holbecq (auteur, avec Philippe Derudder, de La dette publique, une affaire rentable, éd. Yves Michel 2008 réed. 2014, et du Manifeste pour que l'argent serve au lieu d'asservir, éd. Dangles 2013) a lancé une pétition de soutien dès juin 2014 ainsi qu'un blog associé pour approfondir le sujet et répondre à toutes les questions des internautes. Par ailleurs, Gabriel Rabhi a élaboré une vidéo pédagogique afin de rendre plus accessible le mécanisme de la création monétaire car même s’ils ne peuvent pas (encore) obtenir un débat public et se prononcer sur cette question (faute de disposer du référendum d’initiative citoyenne), nos concitoyens ont le droit savoir que les crises ne sont pas une fatalité, que les sacrifices demandés aux populations ne sont pas justifiés et qu'il n'y a pas qu'une seule politique possible. La démocratie, c'est avoir le choix.

Plus que jamais, le référendum d'initiative citoyenne apparaît comme l'outil susceptible de restaurer la possibilité de choisir puisque c'est par lui que nos voisins tenteront de secouer le joug de la finance.

 

Lu 1099 fois Dernière modification le dimanche, 31 janvier 2016 21:54